Publié a 14h
La récente visite de l’ancien président sud-africain Jacob Zuma au Maroc continue de provoquer des remous à Pretoria. Durant ce déplacement officiel, effectué du 15 au 18 juillet, l’ex-chef d’État a publiquement exprimé son soutien au plan marocain d’autonomie pour le Sahara, qu’il a qualifié de « solution pragmatique et réaliste ». Une position qui tranche nettement avec la ligne diplomatique adoptée par le gouvernement sud-africain, traditionnellement aligné sur la cause du Front Polisario.
Face à cette prise de position, le ministère sud-africain des Relations internationales et de la Coopération (DIRCO) a réagi sèchement, dénonçant l’« abus » du drapeau national lors de la visite. Un reproche protocolaire qui, selon plusieurs observateurs, traduit surtout un malaise plus profond : la voix de Zuma, figure historique de la lutte anti-apartheid et chef du parti MK, révèle l’absence de consensus national sur ce dossier sensible.
Contrairement à l’idée d’une démarche improvisée, des sources diplomatiques confirment que la venue de Jacob Zuma avait été préparée en coordination avec l’ambassade du Maroc à Pretoria… mais aussi avec l’ambassade d’Afrique du Sud à Rabat. Cette dernière aurait même demandé aux autorités marocaines d’accorder à l’ancien président un traitement protocolaire digne de son rang, incluant l’usage du drapeau sud-africain.
Côté marocain, la visite s’est déroulée dans un cadre « officiel et transparent », multipliant rencontres avec responsables politiques et chefs de partis. Rabat se défend de toute ingérence dans la vie politique sud-africaine, mais se félicite de pouvoir dialoguer avec toutes les sensibilités, y compris celles divergentes de la position gouvernementale.
L’incident met en lumière une réalité souvent occultée : au sein de la société sud-africaine, des voix politiques, intellectuelles et sociales défendent une vision différente sur la question du Sahara, plus proche des thèses marocaines. Pour le Maroc, cette diversité est le signe d’un pluralisme démocratique normal, que Pretoria aurait tort de considérer comme une menace.
Le parti MK a d’ailleurs annoncé une conférence de presse pour répondre aux critiques officielles, confirmant que la déclaration de Zuma à Rabat était réfléchie et assumée.
Sur le fond, Rabat rappelle que plus des deux tiers des pays africains soutiennent la souveraineté marocaine sur le Sahara ou adoptent une position constructive, contre une minorité d’États, dont l’Afrique du Sud, qui continuent de s’y opposer. Une posture qui, selon le Maroc, place Pretoria dans une situation d’isolement croissant sur la scène continentale.
En dépit des tensions, le Royaume assure rester ouvert à un dialogue « sincère et affranchi des réflexes idéologiques de la guerre froide » avec Pretoria. Mais il estime que l’épisode Zuma illustre un basculement progressif des équilibres diplomatiques africains en faveur de la solution d’autonomie proposée par Rabat.

Laisser un commentaire