Aux origines de l’humanité : une découverte majeure au Maroc bouscule notre histoire

Publié à 9h30

Des fossiles humains vieux de 770 000 ans, découverts près de Casablanca, apportent un nouvel éclairage sur les origines d’Homo sapiens. Publiée dans la revue Nature, cette étude renforce l’hypothèse d’une origine africaine profonde de notre espèce.

C’est une découverte qui pourrait réécrire un chapitre clé de l’histoire humaine. Des chercheurs internationaux, dirigés notamment par le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, ont mis au jour au Maroc des fossiles humains datant d’environ 773 000 ans, soit bien avant les plus anciens représentants connus d’Homo sapiens. Les résultats, publiés dans la prestigieuse revue Nature, désignent le Maroc comme une région centrale dans l’évolution de notre lignée.

Des fossiles exhumés au cœur de Casablanca

Les vestiges ont été découverts dans la Grotte à Hominidés de la carrière Thomas I, un site situé aujourd’hui en pleine agglomération de Casablanca. Les fouilles, menées sur plusieurs décennies, ont permis de mettre au jour des mandibules, des dents et des vertèbres humaines, associées à des outils de type acheuléen et à de nombreux restes d’animaux.

Grâce à des méthodes de datation géomagnétique très précises, les chercheurs ont pu établir que ces hominines vivaient à une période charnière : celle de la transition entre deux inversions du champ magnétique terrestre, il y a environ 773 000 ans.

Un ancêtre proche, mais pas encore Homo sapiens

Ces hominines ne sont pas encore des Homo sapiens à proprement parler. Leur anatomie révèle un mélange surprenant de traits primitifs et de caractéristiques plus modernes, que l’on retrouvera plus tard chez notre espèce ou chez les Néandertaliens.

« Ils se situent très près du point de divergence entre les lignées africaines et eurasiatiques », expliquent les auteurs de l’étude. Autrement dit, ces fossiles pourraient représenter une population ancestrale clé, proche du dernier ancêtre commun entre Homo sapiens, les Néandertaliens et les Denisoviens.

L’Afrique, berceau confirmé de l’humanité moderne

Depuis plusieurs années déjà, les découvertes de Jebel Irhoud, également au Maroc, avaient repoussé l’apparition d’Homo sapiens à plus de 300 000 ans. Cette nouvelle trouvaille va encore plus loin : elle montre que les racines de notre espèce plongent profondément dans le Pléistocène africain, bien avant toute hypothèse d’origine européenne ou asiatique.

Les chercheurs écartent ainsi l’idée selon laquelle l’Europe aurait pu être le berceau de notre lignée, comme certains fossiles espagnols l’avaient un temps suggéré. Si des échanges entre l’Afrique du Nord et l’Europe ont probablement existé, la trajectoire évolutive menant à Homo sapiens apparaît clairement africaine.

Un Maghreb longtemps sous-estimé

Cette étude met aussi en lumière le rôle souvent négligé de l’Afrique du Nord dans l’histoire humaine. À la croisée des mondes africain et eurasiatique, le Maghreb aurait servi de zone de passage, de diversification et d’innovation évolutive, favorisée par des périodes climatiques plus humides où le Sahara n’était pas une barrière infranchissable.

« Ces fossiles confirment que le Maroc est un territoire clé pour comprendre nos origines », souligne l’équipe de recherche, qui a travaillé en étroite collaboration avec des institutions marocaines.

Une histoire encore incomplète

Malgré cette avancée majeure, de nombreuses questions demeurent. À quoi ressemblait précisément le dernier ancêtre commun de l’humanité moderne et des Néandertaliens ? Comment ces populations se sont-elles dispersées et différenciées ? Les fossiles de Casablanca apportent des réponses, mais ouvrent aussi de nouvelles pistes de recherche.

Une chose est sûre : l’histoire de l’humanité continue de s’écrire, et une partie essentielle de cette histoire se trouve, encore et toujours, en Afrique.

Pour l’article scientifique : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09914-y

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