Publié a 9h
Plus de vingt-sept ans après l’accession au trône du roi Mohammed VI, la place des femmes dans la vie publique marocaine connaît une nouvelle étape avec la nomination, le 29 septembre 2026, de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement. Une première dans l’histoire politique du Royaume qui s’inscrit dans une évolution engagée depuis plusieurs années sur les plans juridique, institutionnel, diplomatique et économique.
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri intervient après une série de transformations qui ont progressivement renforcé la présence des femmes dans les institutions marocaines. Le palais royal a annoncé que le roi Mohammed VI l’avait nommée cheffe du gouvernement en vertu de l’article 47 de la Constitution et chargée de former le nouvel exécutif.
Parmi les principales réformes engagées sous le règne de Mohammed VI figure celle du Code de la famille, la Moudawana, adoptée en 2004.
Cette réforme a profondément modifié plusieurs dispositions relatives aux relations familiales. Elle a notamment consacré le principe de responsabilité conjointe des époux au sein de la famille, fixé l’âge légal du mariage à 18 ans pour les hommes comme pour les femmes et renforcé l’encadrement judiciaire de la polygamie.
La réforme a également modifié les règles relatives au divorce et reconnu à la femme majeure la possibilité d’exercer elle-même sa tutelle matrimoniale. Ces orientations avaient été explicitement mises en avant par le roi Mohammed VI lors du processus de réforme du Code de la famille.
Vingt ans plus tard, la Moudawana demeure au cœur du débat public marocain. Une nouvelle réforme du Code de la famille est actuellement envisagée, avec des discussions portant notamment sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la protection de l’enfant et la sécurité juridique des familles.
L’évolution de la place des femmes se manifeste également dans la diplomatie marocaine.
En 2020, plusieurs femmes ont ainsi été nommées à des postes d’ambassadrices. Mounia Boucetta a été nommée ambassadrice et secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères. La même année, Nabila Freidji a été nommée ambassadrice en Norvège, Bouchra Kadiri Boudchichau Panama et Wissane Zailachi en Australie.
Cette présence féminine continue de progresser dans le réseau diplomatique. En 2026, le ministère marocain des Affaires étrangères indiquait que près de 40 % des nouveaux consuls généraux nommés dans le cadre du mouvement consulaire étaient des femmes, portant la proportion globale de femmes consuls générales à près de 40 %.
Ces chiffres témoignent d’une féminisation progressive de certaines fonctions diplomatiques et consulaires, notamment dans des postes à forte responsabilité.
La progression des femmes ne se limite pas à la diplomatie.
La présence de femmes dans les cercles de décision de l’État s’est également illustrée par des parcours comme celui de Zoulikha Nasri, première femme nommée conseillère du Roi. Son parcours dans la haute administration puis au Cabinet royal a constitué un précédent important dans l’accès des femmes aux plus hauts niveaux de responsabilité institutionnelle.
Dans les collectivités territoriales et l’administration, les femmes ont également progressivement investi des fonctions de responsabilité, même si leur représentation demeure variable selon les secteurs et les niveaux de pouvoir.
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri** constitue toutefois un changement d’échelle.
Née à Marrakech en 1976, avocate de formation, elle possède notamment un diplôme en droit des contrats d’affaires de l’université de Montpellier et un certificat en droit anglo-saxon de Pace University aux États-Unis.
Son parcours politique a commencé au milieu des années 2000. Elle a notamment dirigé la commune de Marrakech et exercé plusieurs mandats parlementaires avant de rejoindre le gouvernement en 2021 comme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.
Elle occupait également depuis 2024 la fonction de coordinatrice de la direction collégiale du Parti Authenticité et Modernité (PAM).
Le 29 septembre 2026, le roi Mohammed VI l’a donc nommée cheffe du gouvernement, lui confiant la mission de former le nouvel exécutif. Elle devient ainsi la première femme à occuper cette fonction au Maroc.
À l’issue de son audience royale, Fatima Ezzahra El Mansouri a qualifié sa nomination de « moment historique » et indiqué qu’elle souhaitait proposer un gouvernement répondant aux attentes des citoyens et aux orientations royales.
La nomination d’une femme à la tête du gouvernement donne une nouvelle dimension à une évolution entamée depuis plusieurs décennies.
Depuis 1999, cette évolution peut être observée à travers plusieurs domaines : la réforme du droit de la famille, l’accès croissant des femmes aux responsabilités politiques, leur présence dans la diplomatie, leur progression dans l’administration ainsi que leur participation accrue à la vie économique et sociale.
Mais cette transformation ne se résume pas aux nominations aux plus hauts postes. La question de l’émancipation des femmes se mesure également à leur accès à l’éducation, à l’emploi, à l’autonomie économique et à la représentation politique.
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri constitue ainsi un nouveau jalon institutionnel. Elle place pour la première fois une femme à la tête du gouvernement marocain et vient prolonger une série d’évolutions qui, depuis l’accession au trône de Mohammed VI, ont progressivement modifié la place des femmes dans les institutions du Royaume.
Reste désormais à mesurer cette évolution au-delà des symboles, à travers la mise en œuvre effective des droits, l’égalité des chances et l’accès des femmes aux responsabilités dans l’ensemble de la société marocaine.

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