Étudiants face au Covid-19 : « La difficulté du lien » 👩‍💻

Contraints à un enseignement à distance, parfois victimes de la solitude et frappés  de plein fouet par la crise économique, les étudiants ont le sentiment d’être oubliés.  En première année ils font face à la difficulté d’intégration et luttent pour ne pas décrocher.  

Margo – Lundi 23 novembre 2020 Crédit : Chloé Merlet

 « C’est dur d’avoir 20 ans en  2020″. La phrase, signée Emmanuel Macron, fait écho à ce que racontent de nombreux étudiants. À la rentrée 2020, selon les données établies le 20 octobre, 284 800 nouveaux bacheliers étaient inscrit en première année de cursus licence à l’université. Parmi ces étudiants, il y a Margo, étudiante en première année de Sciences Sanitaire et Sociale à Lille. Depuis plusieurs semaines chaque jour se ressemble, elle ne quitte son appartement que très rarement depuis le début du confinement.

Il est 7h30, lundi 23 novembre 2020, le réveil sonne, d’un geste Margo l’éteint et lutte  pour ne pas se rendormir. Au bout de cinq minutes, elle se lève, prend ses affaires  préparées la veille et part s’habiller dans la salle de bain. Le temps de se laver le visage,  de se maquiller et là voilà prête pour son cours de Politique Publiques à 8h. Des photos  et des plantes décorent son appartement, elle s’assoit à la table de son studio, éclairé par  la lumière du jour qui provient de la baie-vitrée, et c’est sans motivation qu’elle allume  son ordinateur pour se connecter, « le plus dur ce n’est pas de se lever, c’est de rester  attentif à un cours pendant 4h sans voir personne » dit l’étudiante de 19 ans. Suivre  ces études Margo en a toujours voulu, elle a comme projet de devenir chef de mission  humanitaire « J’ai toujours eu l’envie d’aider les plus démunis et de voyager ». Son  choix s’est conforté lors de son échange étudiant en Thaïlande, un an loin de tout repère,  à découvrir une nouvelle culture et la misère d’un pays. Margo s’accroche à cette idée  pour tenir, même si elle confie que ce n’est pas tous les jours facile.

Un lien compliqué  

Il est 12h, le cours se finit est la jeune femme peut enfin souffler. Originaire de Bourg-en Bresse, ville de l’Ain, elle est venue sans rien connaître de Lille, « je n’avais jamais mis  les pieds dans cette ville avant mon emménagement en septembre ».  Son emménagement, elle ne l’a pas fait seule, sa copine l’a suivi dans son périple. C’est  l’une des seule chose qui réussit à la réconforter durant se reconfinement, « même si ma  copine travaille trois jours par semaine, je sais que j’ai de la chance de ne pas être  complètement seule ». Avec une rentrée le 17 septembre et des cours une semaine en  présentiel et une semaine en distanciel ce n’est pas vraiment le temps qui lui a permis de  rencontrer les autres étudiants de sa promo. L’annonce du confinement le 29 octobre a  été un coup en plus à accepter. « À l’ILIS (Faculté d’Ingénierie et Management de la Santé) on nous demande énormément de travaux de groupe, chaque semaine on a  un dossier à rendre ». Ces travaux de groupe lui ont permis de rencontrer à travers un  écran les différents étudiants qui composent sa promo et parfois de tisser des amitiés, mais  également quelques tensions. « Ils nous demandent de rendre des dossiers et de  travailler avec des personnes que l’on ne connaît pas, alors oui parfois le travail  devient compliqué à cause des différentes manières de travailler ». Il est 13h30, le  téléphone de Margo sonne, c’est un groupe de travail qui l’appelle. Elle décroche et va  alors parler jusqu’au début de son prochain cours, intitulé « projet philanthropique ». Ce  projet est à faire sur l’année universitaire et consiste à mener un projet de bienveillance,  comme la sensibilisation à la malbouffe. « Avec mon groupe on a choisi la naissance  des prématurés, mais avant d’en arriver à ce thème, on a dû en présenter plusieurs  et réussir à se mettre d’accord ». Il est 14h, et le cours débute, et jusqu’à 17h, elle va  suivre son cours.  

Première victime du reconfinement  

À 17h, Margo éteint son ordi et décide d’aller marcher. Elle fait son attestation, dont  parfois elle oublie l’existence et sort, il est 17h10. Les rues lilloises ne sont pas vides,  mais plutôt bien remplies, on peut voir des personnes de tous types d’âges foulées les  pavés de la Grand Place. « Les seuls confinés dans l’histoire c’est nous les étudiants,  il y a que nous qui n’avons pas le droit d’aller à l’université ». Le premier confinement  avait sévèrement touché les étudiants. 73% des jeunes déclarent avoir été affectés  sur le plan psychologique, affectif ou physique et 23% d’entre eux disaient avoir eu des  pensées suicidaires durant cette période, selon une étude de la fédération des  associations générales étudiantes (Fage) réalisée par Ipsos. « Le peu de fois que je sors  pour aller faire les courses, je vois Lille comme si le confinement n’existait pas ». Une génération sacrifiée, c’est ce que les étudiants pointent. En déambulant dans les  rues et respirant comme elle peut dessous son masque l’air frais, Margo est en colère,  « on est vu comme ceux qui transmettent le virus car on est jeune et que nous  respectons sois disant pas les règles sanitaires, alors que bon nombre de personnes  ne portent pas le masque correctement, et ce ne sont pas des jeunes ». Il est 17h55,  la nuit est tombée, et le froid nordique a gagné la ville. La jeune étudiante bip son pass  pour rentrer dans son immeuble et s’engouffre dans l’ascenseur, les portes se ferment et  sa journée s’achève. Demain elle recommencera le même schéma, avec comme seule  différence, un cours d’une autre matière.

Night Line se lance à Lille  


L’association a ouvert à Lille une ligne d’écoute pour les étudiants par des étudiants qui  souhaitent bénéficier d’une écoute. Le service est ouvert de 21h à 2h30.  

Nitght Line a ouvert à Lille mi novembre, pour faire un résumer plutôt rapide, c’est un service  d’écoute, disponible par téléphone et par chat. « L’objectif c’est que tous les étudiants  puissent nous contacter pour nous parler de leur problème, qu’ils soient petits ou gros »  nous confie Simon Lottier, président de l’association. À chaque appel, l’anonymat est gardé pour  que les étudiants puissent se confier en toute confiance. Les étudiants ont des sujets bien  différents, « mais principalement ils parlent de solitude, de détresse, d’angoisse liées aux  études, leur relation amicale… » nous confie le jeune étudiant. Les bénévoles de Night Line  prennent des appels parfois durent, qui peuvent aller du viol jusqu’au suicide. Ils suivent une  formation pour pouvoir faire face à ce genre de situation, qui arrive plus souvent qu’on le ne peut  l’imaginer. « On ne prend pas les étudiants en première année pour être sûr qu’ils soient eux-mêmes prêts psychologiquement ». L’association compte actuellement 10 bénévoles à Lille,  mais cherche à recruter. Pour que l’antenne soit ouverte tous les soirs de la semaine à Lille, il en faudrait une quarantaine.

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Chloé Merlet


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